Financer la nutrition à l’ère de l’effondrement de l’aide et de l’instabilité mondiale
Par Neema Lugangira, coprésidente du Comité exécutif du Mouvement SUN
L’évolution de la situation mondiale compromet de plus en plus la sécurité alimentaire et nutritionnelle de l’Afrique, avec des conséquences désastreuses pour le développement du continent. Notre auteur plaide pour la mise en place d’un système de financement de la nutrition piloté par les Africains et examine les pistes d’action possibles.
Un triple choc menace la sécurité alimentaire et nutritionnelle de l'Afrique : l'effondrement de l'aide publique au développement (APD), l'escalade de l'instabilité mondiale et le dérèglement climatique. L'architecture de l'aide internationale qui protégeait autrefois les pays de telles crises n'est plus fiable, ni en termes de calendrier, ni en termes de volume, ni en termes de volonté politique. L'Afrique doit emprunter une autre voie.
Chaque crise mondiale successive – Covid-19, guerre en Ukraine et maintenant le conflit qui s'étend au Moyen-Orient – a mis en lumière la fragilité des financements destinés à lutter contre la malnutrition et la vulnérabilité des populations africaines face aux chocs provenant de bien au-delà du continent. Les conséquences du conflit actuel au Moyen-Orient se font encore sentir, mais le risque est déjà visible : jusqu'à 30 % des exportations mondiales d'engrais transitent par le détroit d'Ormuz. Une perturbation prolongée à ce niveau ne restera pas cantonnée à la région. Elle atteindra les exploitations agricoles, les marchés et les foyers africains.